Handic' & chill #4

Malick Reinhard a de nouveau débusqué les films, séries et documentaires ayant opté pour l’authenticité : les rôles de personnages handicapés y sont joués par des actrices et acteurs réellement concernés. Sélection de 5 œuvres (hélas, encore) rares.

Handic' & chill #4
© Mondame Productions

Il existe une recette éprouvée pour séduire l’Académie des César : prendre une star « valide », lui apprendre à imiter un trouble moteur, mental ou sensoriel, et attendre les éloges sur sa « performance transformative ». C’est une mécanique bien huilée, efficace, mais qui commence sérieusement à manquer de souffle — et surtout de justesse. Car l’authenticité à l’écran n’est pas qu’une question de bonne conscience : c’est avant tout une question de crédibilité narrative.

Pour ce quatrième numéro de « Handic’ & chill », la règle ne change pas. Cette sélection, qui fonctionne désormais en alternance avec « La Paraplaylist » — notre exploration ponctuelle de musiques composées par des artistes en situation de handicap —, continue de traquer la vérité. Le vrai handicap. On exige que l’image soit à la hauteur du son : brute et sans filtre. Voici cinq nouvelles œuvres qui ont eu l’audace de miser sur le réel plutôt que sur le fantasme de quelques sociétés de production.

Une personne allongée sur un lit, de profil, fume une cigarette tandis qu’elle feuillette un magazine, avec un bras droit remplacé par une prothèse métallique articulée.   Le visage est flouté et, en bas à droite de l’image, un texte en français indique « Ceci est une parodie ».
ChatGPT (GPT-Image 1.5) : "Mia Wallace from Pulp Fiction lying on a bed smoking a cigarette, black bob haircut, red lipstick, one arm replaced by a sleek chrome cybernetic prosthetic with red painted nails, resting hand on a magazine, messy satin sheets, warm bedside lamp, venetian blinds, cinematic photography, photorealistic, 35mm"

🤫 Sans un bruit (2018)

Réal. : John Krasinski

Imaginez survivre à une invasion extraterrestre où le moindre éternuement signe votre arrêt de mort. John Krasinski, à la réalisation, a eu la brillante (et au fond, si rare) idée de confier le rôle de sa fille sourde à Millicent Simmonds, une adolescente elle-même concernée. Fini le « handiwashing » de bas étage. L'expérience concrète de l'actrice a littéralement redéfini le design sonore du film et la chorégraphie de la langue des signes à l'écran. On frôle l'immersion totale, bien loin du simple quota de diversité que l'on glisse habituellement sur une feuille de service pour rassurer les producteurs et productrices.

Disponible en streaming sur Netflix.


📄 As We See It (2022)

Réal. : Tim Bellen

Trois jeunes adultes sur le spectre de l’autisme cohabitent et tentent de survivre à l’enfer administratif, amoureux et professionnel d’une société neurotypique. Un pitch parfait pour une sitcom bien tiède, n’est-ce pas ? Sauf que Jason Katims a eu la décence d’embaucher trois personnes concernées (Rick Glassman, Albert Rutecki et Sue Ann Pien) pour tenir les rôles principaux. Les tics, les évitements du regard et les crises d’angoisse transpirent le vécu. C’est foutraque, c’est infiniment humain, et cela met un sacré coup de vieux aux habituelles « mimiques » étudiées par des personnes « valides » pour rafler une statuette dorée.

Disponible en streaming sur Prime Video.


🏍️ Echo (2024)

Réal. : Sydney Freeland et Catriona McKenzie

Marvel a souvent le chic pour lisser ses héroïnes et héros jusqu'à la nausée, mais le studio a mis un joli coup de pied dans la fourmilière avec sa mini-série en cinq épisodes, Echo. Maya Lopez, le personnage principal, est campée par Alaqua Cox, une actrice sourde, amputée d'une jambe et amérindienne. Les scénaristes ont même ravalé leur fierté créative pour intégrer la véritable prothèse de l'actrice à la narration. Quand le réel de l'interprète vient fracasser en beauté le cahier des charges hollywoodien, le résultat à l'écran gagne instantanément en épaisseur. Et en violence.

Disponible en streaming sur Disney+.


🏉 Murderball (2005)

Réal. : Dana Adam Shapiro et Henry Alex Rubin

Murderball est non seulement l'ancienne appellation du rugby-fauteuil (jugée trop brutale pour les sponsors), mais c’est surtout un doigt d’honneur adressé aux clichés larmoyants sur le handicap. Ici, dans ce documentaire du même nom, pas de leçons de vie inspirantes sur fond de piano mélancolique. On suit l'équipe américaine en route vers les Jeux paralympiques d'Athènes 2004, et, attention spoiler : ce sont des types bourrés de testostérone, d'ego et de rancœur que l’on retrouve. Mark Zupan et ses coéquipiers fracassent leurs fauteuils blindés comme dans un Mad Max de gymnase. Du bon vieux rugby, en somme.

Disponible en VOD.


⚗️ Breaking Bad (2008 à 2013)

Réal. : Vince Gilligan, Adam Bernstein, Bryan Cranston, Johan Renck, Terry McDonough, Colin Bucksey, Michelle Maxwell MacLaren, Rian Johnson, etc.

Avant que la planète entière ne se passionne pour la meth bleue, il y avait Walter White Jr. et son obsession vitale pour les petits-déjeuners. RJ Mitte, son interprète, vit avec une paralysie cérébrale, tout comme son personnage. Le comble absolu de l’ironie ? L’acteur a tellement été amené à compensé ses stigmates physiques à la vie qu’il a dû réapprendre à utiliser des béquilles et forcer ses troubles de l’élocution pour coller aux fantasmes de la production. Quand l’industrie vous oblige à simuler votre propre handicap, on touche, sans doute, au sublime de l’absurdité californienne.

Disponible en streaming sur Netflix.


Handicap à l’écran : les meilleurs films et docu’ qui en parlent franchement
« Handic’ & chill », c’est une sélection de séries, de films et de documentaires qui donnent les premiers rôles à des personnes réellement handicapées pour incarner des personnages handicapés. Et ça, c’est suffisamment rare pour en faire… une série.

Découvrir les autres sélections de la série…

Ces cinq nouvelles productions font encore figure d’exceptions statistiques dans un paysage audiovisuel très standardisé. Pourtant, au-delà de la simple question de la représentativité, ces films, documentaires et séries rappellent une vérité purement pragmatique : rien ne remplace le vécu pour nourrir une fiction.

Reste à espérer que l'Académie des César finisse par le comprendre. Car, à force de récompenser des « valides » qui « jouent » l’infirmité, elle risque de finir comme ce pauvre Walter White Jr. : coincée dans une boucle absurde, à attendre un petit-déjeuner qui a, franchement, un goût de bacon froid.


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Journaliste, Malick Reinhard vit avec une maladie qui limite considérablement ses mouvements. Dans Couper l’herbe sous les roues, le Suisse propose chaque semaine analyses, témoignages et enquêtes sur le handicap, une réalité qui concerne une personne sur deux au cours de sa vie.


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